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Pour combien de temps encore ?
Combien de temps encore cette crise financière, devenue crise économique, va-t-elle durer ? Personne n’avait prévu qu’elle aurait une telle ampleur, et nul ne peut non plus réellement prévoir quand elle se terminera. Tout a commencé l’été dernier, aux États-Unis, avec la crise immobilière et celle du papier commercial. Le virus du « manque de confiance » s’est depuis propagé de chez nos voisins du Sud à l’ensemble du monde. La question demeure : quand la confiance se rétablira-t-elle, et quand retrouverons-nous la prospérité ? Il faut l’admettre, des signes positifs apparaissent de plus en plus clairement. Tout d’abord, il est bon de constater que nous avons tout même tiré des leçons des erreurs du passé, dont celles commises lors de la grande crise de 1929. Le célèbre économiste Milton Freedman a bien expliqué que c’est le refus des gouvernements d’aider les banques qui causa la grande dépression. Aujourd’hui, le signal est très clair dans tous les pays industrialisés : l’État a repris les commandes, il n’abandonnera pas les piliers du système financier et de la production. Les effets de la fermeté de cette politique ne peuvent se faire sentir du jour au lendemain ; toutefois, des signes encourageants apparaissent, montrant que la confiance revient petit à petit, en premier lieu chez les investisseurs. On observe aussi de timides reprises dans les places boursières, pour le moment rapidement freinées par les prises de profit. Du côté des consommateurs, la situation pourrait mettre plus de temps à se rétablir. Comme le souligne l’ancien secrétaire au Trésor, John W. Snow, dans l’entrevue exclusive qu’il a accordée à Forces, « […] beaucoup d’emprunteurs ont certainement dû se rendre compte qu’ils avaient pris plus d’obligations qu’ils n’étaient capables d’en assumer… » Avant de recommencer à dépenser, le consommateur voudra donc s’assurer d’une certaine stabilité dans ses revenus ; pour les Américains, la priorité sera de conserver leur résidence familiale. Comme le mentionne Snow, « [...] nous n’en sortirons pas tant que nous n’aurons pas relancé l’activité de prêt. Plus de 70 % du PIB des États-Unis repose sur les consommateurs ». C’est vrai pour nos voisins américains comme c’est vrai, à divers degrés, pour l’ensemble du monde. Tous les gouvernements l’ont compris, et mettent en place des mesures incitatives pour relancer la consommation. Pour le moment, on se réjouit de voir les prix à la production chuter dans toutes les régions du monde. Aux États-Unis, ils ont reculé de 2,8 % en octobre, un record depuis la création de cette statistique, en 1947. Voici donc la bonne nouvelle : l’inflation est maîtrisée… du moins pour le moment. La débâcle historique des prix agricoles et énergétiques (150 dollars le baril de pétrole en juillet, quelque 50 dollars aujourd’hui) donne une marge de manœuvre importante aux banques centrales. Dans la zone euro, l’inflation est tombée en novembre à son plus bas niveau depuis septembre 2007, soit 2,1 %. La mauvaise nouvelle, par contre, c’est que le danger de déflation est plus présent que jamais. On sait que le Japon combat ce cancer depuis près de 12 ans... C’est probablement là que se joue le dénouement de cette crise. Les gouvernements et les banques centrales doivent donner des garanties, sauver des institutions, créer des incitatifs à la consommation, aider les entreprises de production, tout cela pour rétablir la confiance, faire tourner l’économie et éviter la déflation sans cependant tomber dans les pièges qui ouvrent la porte à l’inflation, comme ce fut le cas en Europe dans les années 1930. Avec les déficits records, dont celui des États-Unis, et tout cet argent nouvellement imprimé, il n’est pas facile de prévoir avec exactitude l’équilibre entre l’offre et la demande, qui demeure la loi fondamentale de l’économie. Il faut que la consommation reprenne aux États-Unis, mais graduellement. Nous devons aussi trouver le moyen d’équilibrer la valeur des grandes monnaies. Leurs fluctuations incontrôlées nous empêchent d’établir un plan mondial efficace pour, comme le dit Bernard Landry dans sa chronique, « refonder le capitalisme » sur des bases financières – et aussi humaines – plus solides. En ce sens, l’arrivée du G20, dont Paul Martin fait la promotion depuis des années, est un autre signe encourageant que nous sommes sur la bonne voie pour créer la concertation internationale nécessaire pour sortir de cette crise. Alain Juppé souligne pour sa part que l’arrivée de Barack Obama à la présidence américaine entraînera un nouveau leadership qui peut rendre ce nouveau G20 encore plus influent. Les marges de manœuvre des gouvernements sont minces, mais au moins elles existent, et l’on peut voir qu’elles sont utilisées. Pendant les 10 dernières années, au Canada, la crédibilité de nos ministres des finances s’est jouée sur leur capacité à prévoir les surplus. Autres temps, autres mœurs. Aujourd’hui, on la jugera en fonction de leur détermination à éviter le pire et à tirer profit de cette crise pour investir dans de grands travaux et améliorer notre régime de gouvernance publique et privée afin que nous ressortions plus forts de cette crise. Comme l’écrivent Yvan Allaire et Mihaela Firsirotu, cette crise interpelle les gouvernements et la société civile comme aucune ne l’a fait depuis 1929. Mais jamais, dans toute notre histoire, n’avons-nous connu non plus une situation économique aussi difficile, où le Canada apparaît aussi clairement privilégié par rapport au reste du monde. Ce qui ne supprime pas l’obligation de nos gouvernements de s’attaquer directement aux irritants que cette crise a le mérite de mettre en lumière. L’annonce du ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, à l’effet que le budget restera équilibré pour les deux prochaines années pourrait donner l’illusion que le Canada ne connaîtra pas de récession, contrairement à la très grande majorité des pays industrialisés. C’est jouer sur les mots. Comme l’OCDE l’a bien précisé dans son dernier rapport, le Canada n’y échappera pas, mais subira des effets moins sévères que ses voisins américains. Et, là encore, dans la mesure où nous aurons à Ottawa un gouvernement capable de gouverner. Nous avons besoin d’un gouvernement de concertation et non de coalition. Le peuple canadien s’est exprimé en octobre dernier et a élu un gouvernement minoritaire conservateur. Selon les conventions constitutionnelles qui sont le fondement même de notre parlementarisme, ce gouvernement demeure en place jusqu’à ce qu’il soit défait en Chambre. Si c’est le cas, le premier ministre Harper doit se présenter devant la gouverneure générale pour lui offrir sa démission et, s’il le souhaite, lui demander la tenue de nouvelles élections. La gouverneure générale n’a alors d’autre choix que de suivre les instructions du premier ministre, à moins que nous soyons dans une situation vraiment exceptionnelle qui mette, par exemple, la sécurité ou la moralité de l’État canadien en danger. Or, ce n’est pas du tout le cas. La gouverneure générale n’a donc pas le choix. La Cour suprême du Canada, lors de sa décision sur le rapatriement de la Constitution le 28 septembre 1981, là aussi dans une situation de crise constitutionnelle, a clairement défini la légitimité comme étant « […] l’exercice du pouvoir […] en conformité avec les vœux de l’électorat ». La crise économique doit nous rappeler à l’ordre. Le gouvernement Harper a présenté un énoncé économique incomplet, tandis que l’opposition se conduit d’une façon exagérée. Les temps sont au compromis et à la concertation. Il faut sortir de cette crise et redémarrer la croissance. C’est ce que veulent les Canadiens. La crise parlementaire pourrait ainsi avoir eu le grand mérite de faire respecter les
Gil Rémillard, Président et éditeur |