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L’avenir économique du Québec : ce qu’en pensent les leaders étudiants

Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), et Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)

Ce printemps, ils ont été de toutes les tribunes et de tous les débats. Ils font partie de la génération qui, demain, sera aux commandes du Québec. Nous connaissons leurs positions sur les droits de scolarité, mais que pensent les leaders étudiants de l’avenir économique du Québec ? FORCES leur a posé la question.

Martine Desjardins, présidente, Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)

Martine Desjardins, 30 ans, fait actuellement son doctorat en éducation à l’UQAM, après un baccalauréat en enseignement en éducation spécialisée et une maîtrise en sciences de l’éducation obtenus à l’Université de Sherbrooke. Son objectif professionnel : enseigner à l’université. Présidente de la FEUQ depuis mai 2011, elle a entamé en mai son deuxième mandat. Créée en 1989, la FEUQ regroupe 15 associations membres qui représentent 125 000 étudiants.

FORCES : Quel est le plus grand défi économique du Québec de demain ?

Martine Desjardins : Le plus grand défi, selon moi, c’est d’assurer l’équité intergénérationnelle dans un cadre de développement économique, surtout dans un contexte de choc démographique. Souvent, on a l’impression qu’on doit faire des choix entre nos aînés et nos jeunes. Il faudra donc assurer une équité dans les choix qui seront faits, choix qui sont à la fois politiques et économiques. Je crois que ce sera le défi de demain.

Quelle est la voie d’avenir la plus intéressante pour l’économie du Québec ?

L’économie du savoir est pour moi la plus importante. Non pas dans un contexte de marchandisation, où on laisse une plus grande place à l’entreprise, par exemple dans les universités, mais plutôt dans un contexte où l’on sait que 70 % des nouveaux emplois vont requérir un diplôme universitaire. La spécialisation des emplois crée une demande de diplômes de haut niveau. C’est d’ailleurs un créneau où le Québec se distingue ; on peut penser à la biotechnologie ou à l’aéronautique, par exemple. Si on veut développer les ressources naturelles, ça prend des gens qui ont l’expertise et la connaissance pour bien le faire. Selon moi, c’est clairement l’économie du savoir qui va permettre au Québec de tirer son épingle du jeu.

Quels objectifs mesurables devrions-nous utiliser afin d’évaluer l’efficacité des futures politiques de développement économique ?

Dans un contexte d’économie du savoir, il faudra miser sur le développement d’emplois spécialisés et aussi sur la diminution du taux de chômage des diplômés. Il ne faut pas tendre non plus vers une « surdiplomation ». C’est non seulement la création, mais aussi l’occupation de ces emplois-là qui sont déterminantes. C’est beau d’avoir des postes à combler, mais encore faut-il des jeunes qui seront capables d’occuper ces emplois.

Quelle devrait être la priorité économique du prochain gouvernement ?

Cela devrait être clairement l’éducation. Je pense qu’on peut développer énormément de créneaux, parler de ressources naturelles, du Plan Nord, mais tout passe par l’éducation. Il faut avoir des gens qui soient formés et capables d’occuper ces emplois ainsi que d’avoir une vision à long terme du développement économique. Cependant, il ne suffit pas de dire que l’éducation est importante, il faut aussi poser des actions, investir en éducation, développer des expertises.

Finalement, en quoi le modèle de développement économique du Québec doit-il être modernisé ? Quelles en sont les principales faiblesses ?

Ce que j’ai vu dans la mise en place des dernières politiques de développement économique me donne l’impression qu’on assiste plus à un plan de communication en plusieurs étapes qu’à un désir de faire participer réellement la population et les entreprises. Un exemple concret : le Plan Nord. On l’a « vendu » avant de savoir ce qu’on en ferait concrètement. On devrait faire participer les gens au développement des politiques économiques, plutôt que de présenter une politique et ensuite de leur demander d’y adhérer. Si on faisait les choses à l’envers, on arriverait à des politiques qui seraient plus structurées et structurantes pour tous. Cela favoriserait beaucoup plus le développement économique, à mon sens.

Léo Bureau-Blouin, président, Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)

Léo Bureau-Blouin a 20 ans et termine actuellement son DEC en sciences humaines, profil administration, au cégep de Saint-Hyacinthe. II se dirige en droit à l’université. Il est président de la FECQ depuis juin 2010 et termine cette année son second et dernier mandat. Fondée en 1990, la FECQ regroupe plus de 80 000 membres répartis dans 23 associations étudiantes.

FORCES : Quel est le plus grand défi économique du Québec de demain ?

Léo Bureau-Blouin : C’est d’assurer la qualité et le financement de nos services publics dans un contexte de diminution de la population active. Les pressions sur le système de santé et sur les caisses de retraite se feront de plus en plus importantes tandis que les contribuables se feront moins nombreux. Ces pressions amèneront les gouvernements à envisager des coupes dans les services publics, ce que nous devons éviter. Il faudra donc rehausser notre productivité, c’est-à-dire effectuer plus de travail en moins de temps. Pour ce faire, je crois que l’éducation est la clé. Il faut donc investir dans un système d’éducation accessible et de qualité pour devenir plus productif.

Quelle est la voie d’avenir la plus intéressante pour l’économie du Québec ?

Le Québec dispose de richesses naturelles qui font l’envie de bien des nations, mais notre plus grande richesse reste nos cerveaux ! C’est grâce à notre créativité et à notre intelligence que nous saurons tirer notre épingle du jeu sur la scène internationale. Les usines de première transformation ne reviendront pas au Québec, il faut donc innover pour créer nouvelles idées et de nouvelles possibilités de développement.

Quels objectifs mesurables devrions-nous utiliser afin d’évaluer l’efficacité des futures politiques de développement économique ?

Nos indicateurs de croissance ne prennent pas en compte les impacts environnementaux et humains de nos choix, et je crois qu’il s’agit d’une lacune importante. Par exemple, lorsque nous achetons une paire de chaussure à 100 $, nous ne prenons pas en considération les coûts humains de ce produit sur la vie de ceux qui l’ont produit. Est-ce que les travailleurs sont bien rémunérés ? Est-ce qu’ils ont de bonnes conditions de travail ? Quant aux coûts environnementaux, ils sont oubliés ! Quelle est la véritable valeur des ressources naturelles non renouvelables qui ont été utilisées pour produire cette paire de chaussures ? L’usine qui les a produites a-t-elle déversé des produits chimiques qui pourraient avoir un impact irréversible sur l’environnement de la région ? En prenant en considération tous ces facteurs et en demandant un prix plus « représentatif » des différents produits, les Québécois seraient plus à même de faire des choix respectueux de la dignité humaine et de l’environnement. En mettant à jour nos indicateurs de croissance, on pourrait éviter d’opposer le développement économique à la sauvegarde de l’environnement.

Quelle devrait être la priorité économique du prochain gouvernement ?

Accroître l’accessibilité à l’éducation devait être la priorité du prochain gouvernement. Il faut intensifier les efforts de lutte au décrochage, mais également créer un climat favorable à la réussite scolaire au niveau postsecondaire. Bien que coûteux à court terme, ces investissements permettront au Québec de devenir une nation enviée de tous.

Finalement, en quoi le modèle de développement économique du Québec doit-il être modernisé ? Quelles en sont les principales faiblesses ?

Notre modèle de développement économique ne tient pas assez compte des coûts humains et environnementaux de nos choix économiques. Il est temps de renouveler nos indicateurs de développement économique. Autrement, nous nous lançons dans une course où chaque pas hypothèque les générations futures. Il faut se doter d’un modèle de développement où le développement économique d’aujourd’hui ne compromet pas celui de demain.

Simon Talbot, porte-parole, Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec (MESRQ)

Simon Talbot, 21 ans, étudie au baccalauréat en Sécurité et études policières à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Il aimerait travailler dans le domaine des enquêtes. Il est porte-parole du MESRQ depuis février 2012. Fondé en octobre 2011, le MESRQ compte un peu plus de 3500 membres.

FORCES : Quel est le plus grand défi économique du Québec de demain ?

Simon Talbot : Avec une dette de près de 250 milliards et le vieillissement de la population sur les bras, le Québec doit encourager les individus à se réaliser. Contrairement à plusieurs acteurs de la scène internationale, le Canada a réussi à naviguer à travers le contexte de crise économique sans trop de mal. Cela étant dit, le Québec est la province canadienne prélevant le plus d’impôts et figurant parmi les plus endettées, ce qui n’est pas souhaitable. Le vieillissement de la population et un taux de natalité très peu élevé signifient aussi que les travailleurs de demain auront la lourde tâche de financer les multiples services sociaux du Québec qui seront davantage sollicités, tout en étant beaucoup moins nombreux sur le marché du travail.

Quelle est la voie d’avenir la plus intéressante pour l’économie du Québec ?

L’économie du savoir et l’exploitation des ressources naturelles sont deux voies à explorer. D’abord, la recherche-développement et l’innovation, qui passent notamment par des institutions universitaires de qualité, peuvent offrir des retombées économiques intéressantes, mais aussi un rayonnement international important. Le Québec possède aussi de nombreuses ressources naturelles qu’il ne faut pas avoir peur d’exploiter et qui ont le potentiel d’engendrer des retombées économiques d’une ampleur indéniable. Une exploitation des ressources naturelles bien orchestrée est créatrice d’emplois et de revenus, et c’est le Québec en entier qui en profitera.

Quels objectifs mesurables devrions-nous utiliser afin d’évaluer l’efficacité des futures politiques de développement économique ?

Une politique de développement économique réussie devrait être avantageuse pour les citoyens, tout en permettant d’améliorer la santé financière de la province. Un taux de chômage moins élevé et une augmentation du pouvoir d’achat des individus sont d’excellents indicateurs d’une économie florissante et d’une qualité de vie générale rehaussée. De plus, une économie forte et performante permettra de rembourser en partie la dette : nous n’avons qu’à regarder la situation en Alberta. 

Quelle devrait être la priorité économique du prochain gouvernement ?

La création d’emplois et d’entreprises, notamment par l’exploitation des ressources naturelles, sans toutefois s’y limiter, devraient être des priorités. Il ne faut pas avoir peur des investissements -privés qui, s’ils sont bien encadrés, créent de la richesse et sont bénéfiques pour tous les contribuables. Une gestion efficace et responsable des finances publiques est aussi primordiale : il faut cibler le gaspillage et « couper dans le gras » lorsque possible. En s’attaquant à ces priorités, la dette sera réduite, la province sera plus prospère que jamais, et ce sont les contribuables qui bénéficieront directement de ces retombées positives.

Finalement, en quoi le modèle de développement économique du Québec doit-il être modernisé ? Quelles en sont les principales faiblesses ?

En ce moment, la lourdeur administrative de plusieurs institutions est un frein à leur développement et occasionne plusieurs dépenses inutiles. De plus, comme on l’a vu, par exemple, dans le dossier de la construction, les syndicats semblent de plus en plus s’éloigner de leur fonction première, au profit d’intérêts personnels dont la légitimité est souvent douteuse. Il faut s’attaquer à ces problèmes, en s’assurant bien sûr que les travailleurs n’en sortent pas perdants.

 

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