Économie

Bromont - Ces villes qui se réinventent

Pendant que certaines municipalités québécoises se demandent comment freiner l’exode de leur population et attirer des investissements, d’autres semblent avoir trouvé la recette gagnante. Gros plan sur Bromont, une ville dont le visage a profondément changé en l’espace de 20 ans.

À la fin des années 1990, Bromont connaissait des moments pour le moins difficiles. La municipalité subissait encore les contrecoups de la fermeture de l’usine de Hyundai, Ski Bromont venait de déclarer faillite, et la valeur des résidences s’en ressentait.

« Quand je suis arrivée, en 1998, c’était très difficile. Il y avait beaucoup de morosité, la situation économique de la ville était fragile », reconnaît Pauline Quinlan, qui a terminé cet automne son dernier mandat à la mairie de Bromont, après avoir présidé pendant 19 années consécutives aux destinées de la ville. « C’était mon approche de campagne en 1998. J’étais consciente que si on s’y mettait tout le monde ensemble – les promoteurs, les citoyens, le conseil de ville –, on allait pouvoir trouver la façon de relancer Bromont. »

Un peu plus de vingt ans plus tard, elle estime avoir remporté son pari. Les projets immobiliers, la nouvelle offre d’activités de plein air et la forte croissance du tourisme ont permis à la ville de tirer son épingle du jeu. En 1998, la municipalité comptait un peu moins de 4 300 habitants et misait sur une richesse foncière de quelques centaines de millions de dollars. En 2016, la population frôlait les 9 000 habitants et la richesse foncière était évaluée à près de deux milliards de dollars.

Pauline Quinlan, qui a cédé son siège le 5 novembre dernier, se félicite ainsi de voir Bromont au 16e rang de l’Indice de vitalité économique produit l’an dernier par l’Institut de la statistique du Québec à partir des données de 2014. « C’est intéressant de voir -comment, en 20 ans, nous avons réussi à miser sur les forces en place et à faire travailler les gens ensemble pour arriver à développer une ville qui est aujourd’hui en bonne santé », souligne-t-elle.

Attirer les villégiateurs

Si la ville de Bromont est parvenue à se relever après un passage à vide, c’est en grande partie en raison de la relance des activités de sa montagne, qui attire aujourd’hui près de deux millions de visiteurs par an.

Au fil des ans, l’entreprise Bromont, montagne d’expériences, détenue par l’entrepreneur Charles Désourdy, a multiplié les investissements pour bâtir un complexe touristique quatre saisons combinant le ski et le vélo de montagne, en plus d’un parc aquatique. La société a annoncé l’an dernier son intention d’investir près de 100 millions de dollars supplémentaires dans un nouveau projet qui s’échelonnerait sur un peu plus de cinq ans. Elle prévoit notamment la construction de 200 unités de condotels et d’un chalet au sommet de la montagne, ainsi que l’installation d’une nouvelle remontée mécanique avec sièges chauffants.

Ce développement du mont Brome a un effet direct sur la ville de Bromont, qui estime à près de 10 000 le nombre de visiteurs qui s’ajoutent aux quelque 9 000 résidents permanents durant les week-ends les plus achalandés. L’arrivée de nouveaux résidents occasionnels, attirés par les charmes de la montagne, et la multiplication de projets immobiliers ne se font toutefois pas toujours sans heurts.

Il y a quatre ans, la huitième phase du projet Val-des-Irlandais, notamment, a semé la controverse. La mobilisation des citoyens et d’un groupe de défense de l’environnement a poussé les élus municipaux à rejeter le projet, ce qui a entraîné une bataille juridique. Une entente a finalement été conclue pour que le terrain où devaient être construites les habitations devienne un parc protégé.

Trouver l’équilibre

« Il faut toujours trouver une façon de travailler avec les promoteurs, affirme Pauline Quinlan au sujet du développement de Bromont. Une ville a ses responsabilités, mais on sait très bien que les promoteurs veulent développer leur entreprise. Donc, il faut se demander comment on peut trouver une approche qui puisse être gagnante pour tous et je pense qu’on l’a trouvée, ici, à Bromont. Ce n’est pas parfait, mais je pense qu’on l’a trouvée. Certains citoyens souhaiteraient ne pas avoir de développement, mais les citoyens veulent aussi beaucoup de services, fait-elle remarquer. Il peut arriver que les gens disent qu’ils aimeraient mieux ne pas avoir de voisins. Mais si je ne veux pas avoir de voisin, j’ai l’option d’acheter le terrain à côté de chez moi. Nous parvenons toujours à faire -comprendre aux citoyens qu’une ville doit se développer. »

Pauline Quinlan rappelle que la municipalité applique un plan de développement durable qui tient à la fois compte de l’économie et de l’environnement, et elle estime que la cohabitation entre résidents de longue date et villégiateurs est relativement harmonieuse, même si quelques accrochages surviennent de temps à autre.

« Poussée » culturelle

Rénald Cusson est sans doute l’une des personnes les mieux placées pour décrire l’évolution de Bromont au cours des deux dernières décennies. Il s’est installé dans la ville au moment précis où Pauline Quinlan a pris les rênes du conseil municipal. « Bromont était un petit village. C’était un peu stagnant. Mais depuis ce temps-là, ça s’est bâti, ça s’est construit. […] Il y a dix ou vingt ans, quand je faisais Montréal-Bromont sur l’autoroute 10, c’était facile et fluide. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », dit-il dans un éclat de rire.

Rénald Cusson voit d’un bon œil la transformation de la ville, mais il est surtout fier de constater que les arts visuels y occupent aujourd’hui une place importante. Avec Marie-Claude Tétreault, son épouse, qui est artiste peintre, il a fondé le Symposium Bromont en art, un événement annuel qui regroupe des centaines d’artistes locaux.

« En arrivant ici, on s’était dit qu’on voulait inviter des amis, des peintres de la région et d’un peu partout au Québec, pour faire un souper et une exposition sur notre terrain. J’ai dit à tout le monde d’apporter ses œuvres et son chevalet pour qu’on s’amuse et qu’on se fasse plaisir, raconte-t-il. Le party a duré toute la fin de semaine et nous avons eu près de 3 000 visiteurs. On ne s’y attendait pas du tout. Je me suis senti obligé de renouveler l’événement tous les ans, et ça dure depuis ce temps-là ! », ajoute-t-il.

Signe de la popularité grandissante de l’événement, le dernier symposium a attiré près de 26 000 personnes. Autrefois, note Rénald Cusson, les arts visuels, c’était l’affaire de Montréal, de Québec et de Charlevoix. Mais avec le temps, Bromont est parvenue à obtenir la reconnaissance qu’elle mérite, juge-t-il. « Il y a eu une belle poussée ici. »

Expertise insoupçonnée

Si les visiteurs connaissent avant tout Bromont pour sa montagne, et de plus en plus pour ses arts, ils sont peu nombreux à soupçonner l’existence d’un parc industriel qui a contribué, à sa façon, à la transformation économique de la ville.

Charles Lambert, le directeur général de la Société de développement économique de Bromont, a justement le mandat de promouvoir ce qu’on appelle ici un « parc scientifique », en raison du type d’entreprises qui y sont en activité. Depuis son entrée en poste en avril 2016, le responsable du développement industriel de Bromont développe trois secteurs phares, qui font la particularité du parc scientifique : la fabrication de pointe, l’aérospatiale et la microélectronique.

Parmi les gros joueurs en place, la ville peut notamment compter sur GE Aviation, qui est établie à Bromont depuis 1982. L’entreprise a annoncé en février dernier qu’elle investira 238 millions de dollars pour moderniser son usine et accroître sa capacité de production.

Le parc scientifique devrait également pouvoir accueillir sous peu l’entreprise Unither Bioélectronique, qui planifie de construire des aéronefs électriques dans une nouvelle usine située près de l’aéroport local. Une entente a été conclue avec la Ville ; il ne manque plus que les certificats environnementaux. Un projet d’incubateur pour petites et moyennes entreprises (PME) devrait également se concrétiser dès le début de l’année 2018. « On ne veut plus seulement dépendre des grandes entreprises, mais travailler également avec des PME. Parce que l’innovation passe souvent par les PME », explique Charles Lambert.

« L’industriel s’est mis à bouger de façon intéressante depuis l’an dernier, et l’environnement de Bromont n’est pas étranger à ça », poursuit le patron du parc scientifique. Il donne en exemple le cas de l’entreprise de fabrication de poêles et de foyers Stûv America, qui a décidé de quitter ses installations montréalaises en raison de problèmes de transport. « Ils avaient beaucoup d’ennuis avec la logistique, surtout lorsqu’ils devaient expédier des produits finis vers les États-Unis. Le propriétaire a notamment choisi le parc industriel de Bromont parce qu’il voulait un environnement intéressant pour élever sa famille, affirme Charles Lambert. Le plein air, qui est une attraction touristique, a aussi un pouvoir d’attrac-tion sur les talents. Nous sommes situés à mi-chemin entre Sherbrooke et Montréal, donc nous puisons dans les bassins des deux villes. »

C’est précisément ce mariage entre développement économique, touristique et industriel qui fait la fierté de Pauline Quinlan. « On a cherché d’autres villes semblables au Québec. On n’en a pas trouvé ! »

Malgré certains différends passés avec la mairesse Quinlan, le nouveau maire de Bromont, Louis Villeneuve, a pour sa part l'intention d'avancer dans la voie tracée par sa prédécesseure. « Pauline Quinlan a fait un travail extraordinaire, a-t-il déclaré aux médias locaux à la suite de son élection le 5 novembre dernier. Je pense qu'il faut capitaliser sur le travail qui a été fait et aller de l'avant. » 

Par Karl Rettino-Parazelli

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