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Le Succès Planétaire de Moment Factory

À la vitesse de la lumière, la société montréalaise de multimédia Moment Factory s’est positionnée à l’échelle planétaire. Hasard?? Non. FORCES braque ses projecteurs sur Éric Fournier, devenu en 2007 partenaire et producteur exécutif d’un des fleurons québécois de la culture de l’innovation, du design et du divertissement.

Avant de mettre en lumière la Sagrada Família, Madonna, le Cirque du Soleil, Céline Dion, le groupe Fun (aux récents Grammys), le Parlement d’Ottawa ou encore l’actuelle tournée de Bon Jovi, Moment Factory était considérée comme une boîte de créateurs imaginatifs, un groupe de geeks qui partage ses trouvailles multimédias dans les événements branchés de la métropole. Solidement ancrée dans cette reconnaissance locale, voilà que, d’un bond, l’entreprise allait se projeter dans le futur.

Moment Factory est fondée en 2001 par Dominic Audet, Sakchin Bessette et Jason Rodi (aujourd’hui président-fondateur de Nomad). En 2006, le Cirque du Soleil confie à Moment la création de l’univers sonore et visuel du bar The Beatles Revolution Lounge, à las Vegas. L’année suivante, Éric Fournier quitte ses fonctions de vice-président au Cirque pour compléter le triumvirat?: «Ce n’est pas une one-guy company. Cette entreprise est plus forte avec ce modèle de leadership à trois».

Dès son arrivée, Éric Fournier se sait au cœur d’un monde voué à se développer très rapidement, notamment avec l’évolution du modèle d’affaires de l’industrie de la musique, dont les profits s’accompagnent de performances scéniques toujours plus sophistiquées: «Quand je suis arrivé, l’outil de financement de l’entreprise, c’étaient deux cartes de crédit de 10000 dollars. La première étape a consisté à monter un plan d’affaires!»

Au cours des années suivantes, Moment Factory continue d’aligner les succès et de gonfler son portfolio. « Puis, il y a deux ans, nous avons identifié nos dream projects. On se disait qu’un jour, ce serait agréable de travailler avec une vedette comme Madonna, de participer au Super Bowl ou encore de collaborer à plusieurs tournées mondiales. Tout ça est arrivé… en moins d’un an ! » s’exclame Éric Fournier, qui semble presque déçu d’une telle rapidité.

Chose certaine, il n’aurait manqué pour rien au monde le spectacle multimédia projeté sur la façade de la chimérique Sagrada Família, qui réinterprétait Gaudi tout en rendant un hommage lumineux à cet architecte visionnaire, qui avait l’ambition de souffler de la couleur vive sur la cathédrale. « C’est la plus grande fierté de toute ma vie professionnelle, d’autant plus que ce spectacle rejoignait plusieurs de mes valeurs, tels l’audace, le dépassement, l’originalité, l’ouverture d’esprit et le métissage des cultures. Sans oublier le rêve et la beauté », explique-t-il, assis devant Mac et iPhone, dans le loft industriel d’Outremont où Moment Factory a son siège social. L’entreprise lorgne aujourd’hui vers Los Angeles et l’Europe : « Nous devons nous rapprocher des grands pôles pour développer une meilleure cohésion avec les créatifs. »

La recette ? Peut-être la segmentation des services en cinq grandes unités de production : Spectacles (Nine Inch Nails, Céline Dion, Arcade Fire) ; Événements spéciaux (lancement McLaren F1, mi-temps Super Bowl 2012) ; Expérience de marque (Microsoft, Bombardier, Pavillon du Québec à Vancouver) ; Projets commer-ciaux et expériences visiteurs (Vitrine culturelle, Beatles Revolution Lounge, tour Burj Khalifa) ; Environnements narratifs et muséographiques (Sagrada Família, Boardwalk Hall d’Atlantic City, Musée Pointe-à-Callière). « Au lieu de nous fixer un plan sur cinq ans, nous avons pris des options sur tous ces segments, en nous bâtissant un portfolio de projets visibles à l’échelle de la planète via YouTube et Vimeo, et en comptant sur la viralité. La stratégie était de tabler sur nos volets les plus forts, mais au final, tous ont connu du succès », résume-t-il, comme amusé devant un tel résultat.

Or, une sixième unité s’ajoute désormais aux précédentes, celle de l’Espace urbain : « Nous croyons que la technologie a le pouvoir de rendre l’espace urbain plus agréable, plus sûr et divertissant. Nous touchons ici à un autre niveau d’entertainment. » Au moment de l’entrevue, l’équipe attendait la réponse de New York à un appel d’offres mondial portant sur un éclairage du Lower Manhattan conçu pour créer un environnement qui retiendrait les employés dans le secteur après la fermeture des bureaux.

L’entreprise emploie actuellement plus de 100 personnes provenant de 15 pays, qui se déplacent un peu partout dans le monde pour mettre en scène des idées de plus en plus éclatées. Les talents sont puisés dans la pépinière du design, de la programmation, du jeu vidéo, du spectacle, de la production et de la gestion de projets. S’y ajoutent une pléthore de pigistes, au Québec comme à l’international, où Moment Factory n’aurait pas de véritables concurrents jusqu’ici.

À ce chapitre, Éric Fournier affirme que le principal outil de marketing de la boîte est… son adresse courriel ! « Quatre-vingt-quinze pour cent de nos contrats découlent de contacts de la part des clients. Nous sommes privilégiés, car c’est un domaine en forte croissance où, souvent, seule notre capacité à livrer le projet déterminera si nous pouvons l’accepter. » Les ressources humaines font d’ailleurs partie de l’équation : « Peu importe d’où il arrive, un nouvel employé devra passer par une période de transfert de connaissances de six à douze mois. Nous devons soutenir la demande en formant constamment des jeunes. »

L’avenir ? « Les technologies nous ont d’abord permis de créer des environnements ambiants. L’étape subséquente nous a menés à l’immersif. Le troisième niveau est l’interactif, où l’environnement est modulé par notre présence. Nous en sommes aujourd’hui au stade participatif : une personne et les autres autour d’elle vont modifier en direct l’environnement dans lequel elles évoluent. »

Des déceptions ? « Oui, parfois, on pense que certains projets seront énormes, puis on s’aperçoit qu’ils sont seulement grands… Disons que nous sommes toujours très ambitieux ! » ×

Une Vision Pour Montréal

Dans le contexte où, selon lui, Montréal « compose avec certains défis de leadership », Éric Fournier, comme plusieurs acteurs culturels, tourne de plus en plus souvent son regard vers 2017, qui marquera le 375e anniversaire de la cité : « Je vois cet événement comme une cible pour faire converger les Montréalais vers quelque chose de spécial. Je pense qu’il faut être audacieux. 1967 et 1976 sont des dates clés de l’histoire de Montréal, mais ce que nous devons réaliser, c’est que ces événements sont aujourd’hui plus près de la Deuxième Guerre mondiale que de 2013. Je pense que 2017 doit être une année importante. C’est une question de mobilisation, mais si nous attendons trop longtemps, disons un an après que le nouveau maire se sera installé, nous serons déjà fin 2014. » Des exemples ? « Je pense à la manière de revitaliser le dôme géodésique. Les silos font partie du patrimoine industriel. Surtout, il faut trouver les manières de transformer les choses. Montréal a toujours été créative, mais quand on se promène dans la ville, on ne la voit pas vraiment. Cette créativité doit sortir des souterrains et s’affirmer dans le bâti, dans les infrastructures, dans des choix audacieux. C’est pourquoi j’en appelle à une certaine mobilisation pour favoriser l’essor d’une grande idée. Il faut réapprendre à être ambitieux. »

De Rimouski à Barcelone

À son arrivée chez Moment Factory, Éric Fournier était vice-président au Cirque du Soleil, après avoir occupé divers postes chez Bombardier (dont celui de vice-président aéronautique) et chez Secor, où il rencontre ses deux mentors, Yvan Allaire, « pour sa pensée stratégique », et Marcel Côté, « pour son sens de la drive et son énergie ». Diplômé en administration à l’UQAM et à McGill, il est né à Rimouski d’un père qui, ingénieur chez Hydro-Québec, a gravi les échelons jusqu’au poste de vice-président régional.

De Rimouski, cet heureux père de deux grandes adolescentes préserve aujourd’hui ce côté « camp de vacances, relation avec le fleuve, avec l’air et le vent. Les mois d’été au Bic, à Cap-à-l’Orignal, alors que j’avais sept-huit ans, ce sont des images qui restent. Je pense que cette relation avec la nature et les grands espaces demeure présente dans tout ce que je fais au quotidien. »

De son père, il conserve le côté « concret, réfléchi et cartésien, mais aussi la dimension pragmatique consistant à construire des choses ». Il assure arriver à « faire une cassure, surtout le week-end », joue au hockey « pour gagner », skie à Sutton « dans le sous-bois, où il y a un petit peu de risques », privilégiant les sports intenses et les montées d’adrénaline. « J’ai certainement envie que les choses bougent, même si j’ai aussi un tempérament réservé. Je suis un tardif qui a besoin de temps, et de son café pour s’activer le matin. »

Il conserve aussi un souvenir puissant des Olympiques de 1976, là où, du haut de ses treize ans, il a pu applaudir au Forum les exploits d’une gymnaste roumaine de 14 ans : « Je ne voulais rien manquer des Olympiques. Tous les sports m’intéressaient ! »

Son premier éveil technologique arrive assez tôt : « Mon père était ingénieur ; les week-ends, il jouait avec l’électricité. » L’année suivant sa révélation olympique, on le retrouve dans le sous-sol de ses parents à bricoler un système d’éclairage alimenté par un tourne-disque dénaturé pour que des fils se touchent par effet d’alternance répété. À son arrivée chez Secor en 1986, on lui donne le révolutionnaire Compaq 286 : « J’étais devenu le gars qui avait le meilleur ordinateur de Secor ! Mon premier mandat était de procéder à des analyses pour comprendre le profil des consommateurs du Ski-Doo. » Les temps changent, mais manifestement, la flamme brûle toujours.

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