Québec

Mener un projet à terme, Envers et avec tous

Que ce soit en voiture, en métro, à pied, à vélo, le matin comme le soir, parcourir le Quartier international de Montréal (qim) fait prendre conscience d’accomplissements d’envergure, porteurs d’évolution, que la Ville a à son actif depuis une vingtaine d’années.
Ce quadrilatère, dont le phare est l’emblématique édifice de la Caisse de dépôt et placement du Québec (Centre cdp Capital), figure parmi les plus primés au monde dans plusieurs domaines : architecture, design industriel, urbain et immobilier, gestion de projet et tourisme. Il est visiblement né d’une vision claire, de moyens sûrs et d’un esprit de concertation et de cohésion qui auront permis la conversion réussie d’un secteur peu fréquentable en véritable foyer de rayonnement national et international pour Montréal.

CONJUGER VISION ET DÉCISION

Jean-Claude Scraire, avocat et conseiller stratégique, ancien président du conseil d’Investissement Québec et ex-président de la Caisse de dépôt, est souvent cité comme étant à la source de la trame architecturale et urbanistique de ce périmètre que dessinent les rues Viger, Saint-Urbain, Saint-Antoine, Square-Victoria/McGill, Saint-Jacques et University.

Au milieu des années 1990, le développement du qim coïncidait avec la volonté de la Caisse de réunir sous le même toit ses employés, alors répartis à une quinzaine d’adresses. « À titre de promoteur et de catalyseur du qim, nous y installer relevait de l’évidence », dira Jean-Claude Scraire en cours d’entrevue.

On lui doit donc le leadership du développement du qim et l’inauguration du nouvel édifice de la Caisse, qui devait jouer un rôle clé dans la revitalisation et le développement du secteur. « J’avais demandé un édifice d’envergure mondiale, car l’immeuble qui abrite la principale institution financière québécoise se doit d’être un symbole éloquent qui contribue à démontrer, notamment aux investisseurs internationaux, le dynamisme de notre société. »

Plutôt modeste quant à son propre rôle, Jean-Claude Scraire dit avoir « servi de catalyseur ». Selon lui, c’est grâce à ses fonctions qu’il a pu « contribuer à communiquer [ses] convictions aux différentes autorités et parties prenantes pour qu’elles acceptent le projet. Le fait que la Caisse en soit un acteur direct permettait aux investisseurs de mieux comprendre la pertinence du projet », croit-il.

Reconnue pour ses prises de position assurées, l’architecte et directeur fondateur émérite du Centre Canadien d’Architecture – ajouterons-nous gardienne du patrimoine et guide pour Montréal en matière d’urbanisme –, Phyllis Lambert qualifie l’ensemble de « merveille de très haute qualité », soulignant que « le Quartier international illustre notre capacité à faire des choses magnifiques et démontre que nous avons d’excellents architectes à Montréal », ajoute-t-elle à propos du Centre cdp Capital.

Jean-Claude Scraire est d’ailleurs en partie redevable à madame Lambert de sa sensibilité à l’architecture et à l’urbanisme. Il raconte qu’au moment où il dirigeait le bras immobilier de la Caisse, à la fin des années 1980, Phyllis Lambert, qui vient de recevoir le Lion d’or d’honneur à la 14e exposition internationale de la Biennale d’architecture de Venise, « [l]’avait alerté concernant un projet de réfection du Westmount Square en nous reprochant de ne pas consulter l’équipe d’architectes de Mies van der Rohe. Disons que j’avais alors eu droit à un cours d’architecture en accéléré », se souvient-il, amusé.

Renée Daoust est associée chez Daoust-Lestage, firme chargée de projet et de design pour le développement du qim et de l’édifice de la Caisse et qui a aussi contribué au projet du Quartier des spectacles. Elle constate à quel point la vision et les moyens initiaux furent porteurs pour la suite des choses. « La Caisse souhaitait accomplir un ouvrage significatif, ce qui aurait été beaucoup plus compliqué pour un promoteur privé. Il s’agissait d’une formidable occasion de travailler avec un client visionnaire, de créer un véritable lieu qui soit civique à l’extérieur comme à l’intérieur », évoque-t-elle.

MONTRÉAL DESIGN

Tant physiquement que symboliquement, le qim et le Centre cdp Capital ont peut-être constitué l’étincelle favorisant l’essor d’une nouvelle trame urbaine, plus intelligente, porteuse de vision à long terme. Par sa situation géographique et son modèle inspirant, cette sortie de terre aura animé l’évolution de Montréal. Et avec le recul, la couverture sur 500 mètres de la béance de l’autoroute Ville-Marie, notamment par le Centre cdp Capital, la place Jean-Paul-Riopelle et le palais des congrès, fait réaliser combien le qim amorce aussi la cicatrisation d’un passé où l’on semblait peu miser sur la qualité de vie des résidents.

Dès 1965, le secteur avait accueilli plusieurs projets et événements, comme le métro, la construction de la tour de la Bourse, celle du palais des congrès ou le Sommet économique de Montréal en 1986. Cette même année, le rapport Picard mentionnait le design comme un des axes prioritaires au développement économique de Montréal, préfigurant en quelque sorte le titre de « Ville unesco de design » que Montréal devait décrocher 20 ans plus tard.

Ce même rapport recommandait également le regroupement d’organisations internationales. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une cité internationale qui devait se concrétiser avec le qim, dont les premiers bâtiments emblématiques furent le Centre de commerce mondial et l’hôtel InterContinental. La construction de l’édifice de l’oaci en 1995 ou encore la création de Montréal International en 1996 confirmeront la vocation internationale du secteur.

MOBILISATION

Selon Jean-Claude Scraire, une des décisions notables fut celle du gouvernement d’agrandir le palais des congrès plutôt que de le déménager. « Ce fut un déclencheur qui a favorisé la suite logique du développement », raconte-t-il, ajoutant que la mobilisation financière des propriétaires immobiliers du quartier aura consolidé sa réussite. « Nous avons montré ce à quoi ressemblerait le projet et présenté les retombées anticipées. Lorsque nous évoquions la possibilité de générer 1,5 milliard en investissement, j’avais parfois de la difficulté à y croire moi-même ». Au final, ces investissements auront atteint deux milliards de dollars, grâce à la constitution de certains hôtels, de tours à bureaux et d’espaces résidentiels qui n’avaient pas été prévus initialement. La tour Aimia en constitue le plus récent exemple.

Le Quartier international de Montréal serait-il le catalyseur ayant véritablement propulsé Montréal au 21e siècle ? Son apport créatif, la qualité de ses bâtiments, de son mobilier urbain, des innovations et de certaines décisions de reconfiguration auront certainement attisé les braises de la redynamisation du Vieux-Montréal, de la poursuite du développement de la Cité du multimédia, du projet Griffintown à l’ouest, et auront probablement permis d’envisager aujourd’hui plus sérieusement le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie à l’ouest, en direction du nouveau chum.

Architecte et urbaniste, Clément Demers avait déjà contribué à redonner du lustre à plusieurs projets dans le Vieux-Montréal avant de devenir premier vice-président de la cadev, une société de la Caisse de dépôt et placement du Québec, puis de se voir confier le montage du Quartier international, pilotant le projet à titre de directeur général de la Société qim, fonction qu’il occupe toujours. « C’était un travail énorme. La gestion de projet, c’est un sport extrême. Puis, quand arrive le moment où tout fonctionne, les difficultés semblent se volatiliser. »

Au-delà de sa beauté architecturale, plusieurs croient que l’édifice du Centre cdp Capital symbolise le rôle civique de ce type d’institution dans l’évolution d’une société. L’architecte Renée Daoust confirme : « La Caisse était un client très ouvert, qui nous a permis d’aller voir à Berlin le nec plus ultra, des édifices susceptibles d’éclairer certains gestes spécifiques que nous voulions poser. En nous y rendant avec toute l’équipe de projet, nous avons pu discuter et alimenter l’approche conceptuelle du Centre. C’est d’ailleurs un exercice à recommander pour ce type de projets parce que partir en exploration favorise la cohésion et un véritable brainstorming, loin du tourbillon du bureau et des cellulaires. »

Le qim a-t-il fait école ? Probablement. Alors que le sujet du recouvrement de l’autoroute Ville-Marie revient souvent à l’ordre du jour, Clément Demers semble s’interroger sur une apparente propension à vouloir parfois faire table rase des expériences antérieures. Sans aucune pointe d’amertume, celui qui a été au cœur du qim, à toutes ses étapes, constate aussi qu’à ce jour, il n’a pas été consulté au sujet du projet de recouvrement de l’autoroute dans sa portion à l’est du palais des congrès.

Au sujet du Centre cdp Capital, ce qui en étonne plusieurs, c’est son état après 12 ans : il semble avoir été inauguré la semaine dernière. « Les équipes qui entretiennent la Caisse y font vraiment attention, d’une manière extraordinaire. C’est un des premiers éléments que constatent les visiteurs : il a l’air encore neuf », se réjouit Renée Daoust.

Prochaine étape ? Il est permis de rêver à un lien unissant le Quartier international et le Quartier des spectacles. « Il y a un petit segment entre les deux dont il faudrait peut-être s’occuper, conclut Jean-Claude Scraire. L’expérience du qim m’a appris que de temps à autres, on doit viser haut. » 

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