Canada

Attention à la locomotive !

Le dernier budget fédéral exprime bien la prudence qui s'impose face aux inquiétudes que nous pouvons éprouver à l'égard du ralentissement économique international. Depuis la crise financière de l'été dernier, il est difficile d'avoir une idée juste de ce qui se passe et de ce qui pourrait se produire. Si les opinions sont partagées, il semble désormais évident que les États-Unis seront bientôt en récession. Celle-ci sera-t-elle légère ou sévère ? Quelles seront ses conséquences sur la situation économique internationale, et en particulier sur notre économie canadienne et québécoise ?

Le dernier budget fédéral exprime bien la prudence qui s'impose face aux inquiétudes que nous pouvons éprouver à l'égard du ralentissement économique international. Depuis la crise financière de l'été dernier, il est difficile d'avoir une idée juste de ce qui se passe et de ce qui pourrait se produire. Si les opinions sont partagées, il semble désormais évident que les États-Unis seront bientôt en récession. Celle-ci sera-t-elle légère ou sévère ? Quelles seront ses conséquences sur la situation économique internationale, et en particulier sur notre économie canadienne et québécoise ?

Lorsque la locomotive déraille, les wagons suivent, ou du moins, ils sont plus ou moins secoués. Certes, le wagon Canada-Québec est assez lourdement chargé pour s'assurer une relative stabilité pouvant prévenir un déraillement. Mais ses passagers risquent d'être fortement incommodés. Au point de tomber eux aussi en récession ?

Le FMI vient de ramener les prévisions de croissance pour le Canada à 1,8 %. Notre PIB repose toujours à 36-37 % sur nos exportations, et 79 % de ces exportations prennent le chemin des États-Unis. De plus, pour la première fois en neuf ans, les statistiques révèlent que le Canada se dirige vers un déficit commercial qui pourrait atteindre 20 milliards de dollars en 2008, signal très révélateur de la santé économique d'un pays. Il est difficile de penser, dans ce contexte, que le Canada puisse éviter une récession.

Le grand danger, comme l'écrit le célèbre économiste américain C. Fred Bergsten dans son article publié en exclusivité dans ce numéro de Forces, c'est le déséquilibre des monnaies : ce spectre, c'est un euro surévalué, un yuan chinois sous-évalué et un dollar qui plonge, ce qui nous mènerait vers une stagflation, c'est-à-dire une tendance à la récession accompagnée d'un accroissement de l'inflation.

En effet, alors que l'on s'attendait à ce que le ralentissement économique puisse contenir les dangers d'inflation, il apparaît maintenant évident que l'inflation redevient très préoccupante et menace de dépasser, dans les prochains mois, le seuil de danger de 3 %. La marge de manœuvre des banques centrales consistant à stimuler l'économie en abaissant les taux d'intérêt sera alors fortement limitée. D'autant plus que d'après C. Fred Bergsten, le dollar américain devrait perdre encore 10 à 15 % de sa valeur dans les prochains mois. Ce qui veut dire que le « huard » canadien pourrait, lui, en gagner par rapport au dollar, ce qui creuserait d'autant notre déficit de productivité face à nos meilleurs clients, qui seront toujours les États-Unis.

L'éminent économiste américain a raison de pointer du doigt le surplus commercial chinois et la faiblesse du yuan comme principales causes du déséquilibre économique mondial. La situation est grave. Le Canada, comme pays membre du G8 et producteur de pétrole, a un rôle important à jouer pour éviter à l'économie mondiale un atterrissage brutal qui pourrait être très lourd de conséquences.

L'habileté du gouvernement Harper et l'attitude sage du chef de l'opposition, Stéphane Dion, lors du dernier budget portent à croire que l'on peut espérer qu'au-delà de la simple partisanerie politique, une solidarité nationale peut s'imposer pour faire face à ces temps incertains. Le dernier budget Flaherty est certainement l'un des résultats les plus positifs produits par un gouvernement minoritaire dans toute l'histoire du Canada. Il a laissé cependant peu de marge de manœuvre au gouvernement québécois et, dans les circonstances, le budget du gouvernement Charest devra stimuler l'économie de façon particulièrement habile. Lui aussi devra opérer sous le signe de la solidarité entre partis représentés à l'Assemblée nationale.

Il vaut mieux penser que nous devons ces bons résultats à la sagesse de nos politiciens plutôt qu'aux sondages qui, tant à Ottawa qu'à Québec, renvoient le gouvernement et l'opposition dos-à-dos…

Cependant, entre être prudent et jouer au « Bonhomme sept heures », il y a une marge. L'économie québécoise est fondamentalement en bon état. Le faible niveau de chômage, sans précédent depuis plus de trente ans, en est une preuve éloquente, et le budget de la ministre Monique Jérôme-Forget devrait donner à notre économie une certaine latitude pour prendre ses distances devant une éventuelle dégradation de la situation chez nos voisins américains. Prudence, mais aussi stimulation et détermination, voilà les cartes qu'il faut jouer. Toutefois, il ne faut pas confondre les wagons avec la locomotive. Il n'y a rien de pire en politique qu'un wagon qui se prend pour une locomotive – même si un wagon peut s'accrocher à une autre locomotive.

C'est en ce sens que les efforts du premier ministre Charest pour développer un partenariat commercial entre l'Union européenne et le Canada doivent devenir une priorité nationale canadienne. Le temps presse. L'incertitude américaine n'est pas seulement économique, elle est aussi politique. Qui sera le prochain président américain, et quel sort réservera-t-il à l'ALENA ? Lorsque l'économie va mal, le protectionnisme et la xénophobie refont surface rapidement Les récentes déclarations des candidats démocrates, Hillary Clinton et Barack Obama, au sujet des traités de libre-échange, sont révélatrices à cet égard. Nous débutons un nouveau cycle économique qui ne sera pas facile. Le dossier que présente ce numéro de Forces le démontre fort bien. Avec ses ressources naturelles et son économie du savoir, le Québec a les moyens de se positionner en grand gagnant. Mais attention à la locomotive….

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.