Canada

Un Sapin ne fait pas la forêt

2008 sera une année clé de la grande transition dans laquelle le monde s’est engagé. Tout à tour, ce début de siècle et de millénaire a été marqué par les incertitudes de la croissance de la mondialisation des économies, puis par la turbulence causée par l’émergence des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) pour entrer maintenant dans une grande phase d’adaptation qui ne sera pas sans heurts. Canadiens et Québécois ne seront pas épargnés.

2008 sera une année clé de la grande transition dans laquelle le monde s’est engagé. Tout à tour, ce début de siècle et de millénaire a été marqué par les incertitudes de la croissance de la mondialisation des économies, puis par la turbulence causée par l’émergence des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) pour entrer maintenant dans une grande phase d’adaptation qui ne sera pas sans heurts. Canadiens et Québécois ne seront pas épargnés.

            En tant que Canadiens, d’un côté, nous sommes privilégiés, puisque la croissance internationale favorise le développement de nos ressources naturelles, surtout minières et énergétiques. Mais d’autre part, nous sommes prisonniers d’une économie pétrolière qui gonfle la valeur de notre monnaie et cause de sérieuses difficultés à notre secteur manufacturier. L’Ontario et le Québec, particulièrement touchés, sont ainsi contraints d’évoluer vers une économie davantage axée sur le savoir. En ce sens, le Québec a des chances de sortir grand gagnant de cette transformation majeure de l’économie canadienne.

            En effet, le Québec est la seule province canadienne qui allie à un tel degré les ressources naturelles, tant énergétiques que minières, à une économie du savoir déjà bien établie. Les industries aéronautique, pharmaceutique, informatique et d'ingénierie sont déjà bien engagées dans un développement prometteur marqué par une collaboration croissante avec nos universités.

            De plus, le moment n’a jamais été aussi propice pour que le Canada puisse réussir en 2008 à créer avec l’Union européenne un libre échange profitable aux deux parties. Le contexte général s'y prête bien : l’année 2008 marquera le 400e anniversaire de Québec, véritable point de départ du développement nord-américain. Le Sommet de la Francophonie, prévu à la fin d’octobre, en sera un événement essentiel. Le secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, le dit clairement dans l’entrevue exclusive qu’il accorde à FORCES : ce sommet du renouveau verra enfin la francophonie s’impliquer dans les questions économiques.

            Or, ce sont les Français qui présideront pour six mois, à partir de juin prochain, l'Union européenne, eux qui sont parmi les plus réticents à ce libre-échange Canada-Union européenne – surtout pour des questions liées à l’agroalimentaire (bœuf aux hormones, etc.). Il faut profiter de la présidence française pour enclencher les négociations dans une perspective beaucoup plus pragmatique et pour régler nos différents.

            La France a un nouveau président, Nicolas Sarkozy, manifestement pourvu d’une grande sensibilité nord-américaine, et qui connaît fort bien le Canada et le Québec. La volonté politique de surmonter les difficultés devrait donc exister. D’autant plus que la France est devenue le deuxième investisseur en importance au Québec et le troisième au Canada. Areva, Total, Aventis, Ubisoft, Gaz de France-Suez et nombre d’autres sociétés françaises sont devenues fers de lance de l’économie canadienne et québécoise.

            En fait, tant sur le plan politique qu’économique, nous vivons l’âge d’or des relations entre la France et le Canada-Québec. Il faut faire en sorte que nous puissions, de part et d’autre, en profiter pour construire pour les générations futures ce que plusieurs autres générations ont contribué à préparer : le Québec, porte d’entrée du commerce Europe-Canada.

            La politique de développement du port de Montréal que veut mettre de l’avant son nouveau président, Patrice Pelletier, va exactement dans ce sens. Le port de Montréal, success story malheureusement méconnue des Québécois, pourrait devenir ainsi un solide pilier d’une nouvelle économie Europe-Québec qui nous aiderait à diminuer notre dépendance commerciale envers nos voisins américains.

            L’Union européenne et le Canada devraient donc profiter de cet environnement positif exceptionnel pour signer à la fin d’octobre 2008, lors de la visite officielle du président Sarkozy - à la fois comme chef d’État de la France et président de l’Union européenne - un premier engagement pour un traité de libre échange. Il ne sera peut-être pas aussi complet qu’on le souhaiterait d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, car il serait préférable, par exemple, de renoncer dans un premier temps aux questions agroalimentaires qui nous divisent. Toutefois, ce serait un premier pas pour les deux parties.

            Il est de plus en plus évident que nous vivons la fin d’un cycle économique. Il ne fait aucun doute que les choses ne seront plus jamais pareilles chez nos voisins américains ; la crise financière et la chute du dollar vont changer beaucoup de façons de faire et d’habitudes de consommation. La grande transition risque d’être difficile pour eux, avec des répercussions chez nous. Même si l’économie américaine en sortira renforcée avec une nouvelle administration présidentielle désignée en 2008, un dollar toujours « alpha » et une économie rendue plus solide par une réglementation plus stricte du crédit, nous devons restreindre notre dépendance commerciale avec nos voisins du Sud. Les dépenses de fin d'année seront le grand baromètre de l’économie américaine… et de la nôtre. Car la confiance du consommateur demeure la pierre angulaire de l’économie. Elle nous dira si nous allons vers une récession.

            L’année 2008 sera une bonne année pour le Québec. Non, elle ne sera pas facile, et elle fera appel à une solidarité nationale allant au-delà de la partisanerie politique. Le rapport de la Commission Bouchard-Taylor devrait nous confronter avec les réalités d’une nation québécoise où la solidarité doit corriger les fausses perceptions et certains dérapages supposément raisonnables. Des choix économiques stratégiques devront aussi être faits lors du prochain budget. Le temps des consultations est terminé. Il faut agir rapidement. Certaines modalités importantes du nouveau développement économique et social du Québec méritent des discussions soutenues, sans doute assez vives, pour nous amener possiblement à un choix électoral en 2008. Mais attention à ne pas manquer cette occasion historique de grande transition qui nous est maintenant offerte : notre croissance en serait handicapée pour longtemps.

            En ce sens, « notre » traditionnel sapin a cette année une signification de solidarité qu’il est grand temps d’apprécier à sa juste valeur, surtout dans un contexte de crise forestière, significative de l’échec lamentable d’une certaine façon économique de faire. Par chance un sapin de fait pas la forêt.

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