Canada

Vers un atterissage en douceur

 

En mars 1983, professeur de droit à l’Université Laval de Québec, j’avais organisé une conférence internationale de droit constitutionnel. Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre démissionnaire, m’avait fait l’honneur d’accepter mon invitation à être le conférencier au dîner de clôture. Le moment était solennel. La magnifique salle de bal du Château Frontenac était remplie à pleine capacité de participants très heureux de pouvoir entendre ce qui devait être le discours d’adieu de Trudeau sur la constitution canadienne après le rapatriement de 1982.

 

En mars 1983, professeur de droit à l’Université Laval de Québec, j’avais organisé une conférence internationale de droit constitutionnel. Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre démissionnaire, m’avait fait l’honneur d’accepter mon invitation à être le conférencier au dîner de clôture. Le moment était solennel. La magnifique salle de bal du Château Frontenac était remplie à pleine capacité de participants très heureux de pouvoir entendre ce qui devait être le discours d’adieu de Trudeau sur la constitution canadienne après le rapatriement de 1982.

Le maître de cérémonie présente la table d’honneur en terminant par le conférencier. Puis tout le monde s’assoit, sauf Trudeau qui demeure debout. Je le regarde, étonné, et il me dit : « Je m’attends à ce que vous récitiez les grâces ».

Surpris, ne sachant trop comment réagir, je me lève, et je dis : « Mesdames, Messieurs, en ce début de repas, rendons grâce. ». Puis, je baisse la tête en signe de recueillement pour quelques instants, et je me rassois. Manifestement satisfait, avec le sourire du chat qui vient d’avaler la souris qui le caractérisait si bien en certaines circonstances, Trudeau me dit : « C’est bien. Vous avez été conforme à la Charte. Noussommes sous la suprématie de Dieu. »

En fait, Trudeau me soulignait, en agissant ainsi, un autre de ses paradoxes : alors qu’il avait toujours défendu la laïcité, entre autres dans Cité libre, il avait voulu que l’œuvre de sa vie, la Charte, ait comme préambule la phrase suivante :

« Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit… »

Bien des Québécois ont tendance à oublier cette phrase lorsqu’ils évoquent la laïcité de l’État. D’autant plus qu’elle prend de plus en plus sa pleine signification avec certaines décisions de la Cour suprême canadienne dans le contexte du renouveau religieux que l’on vit au Canada, au Québec et partout dans le monde, pour le meilleur, et aussi malheureusement pour le pire. « Que deviennent les communautés religieuses du Québec ? » se demande Yan Barcelo. Elles ont été nos premières multinationales en investissant avec leurs missionnaires dans le développement international ou encore dans le transport (Canada Steamship Line), et même bien avant, au tout début de la colonisation, en descendant le Saint-Laurent avec les découvreurs pour évangéliser et aussi faire du commerce jusqu’en Louisiane. Le Saint-Laurent a évidemment bien changé depuis ce temps, et Jean Paré nous met en garde : l’eau est une ressource naturelle de plus en plus précieuse pour le Québec, et il faut savoir s’en servir tout en protégeant l’environnement. C’est l’un des défis importants que doit une fois de plus relever Hydro-Québec avec son projet de développement de la Centrale Eastman-A-1, qui devrait confirmer la production énergétique essentielle au développement du Québec.

Perdre à ce moment-ci notre capacité d’attirer des entreprises par notre énergie à coûts avantageux serait catastrophique. En effet, la progression du PiB québécois sera de quelque 1,5 % en 2006, bien en deçà de la moyenne canadienne, qui sera d’environ 3 %. Nous sommes en ralentissement économique à cause principalement de nos difficultés de commerce extérieur. Certaines de nos exportations traditionnelles ont de la difficulté à affronter la concurrence internationale des pays émergents, en particulier la Chine.

Nous avons abordé de bonne façon, une période de grande transition pour nous adapter aux nouvelles exigences du marché mondial. Mais, ce n’est pas demain que l’économie du savoir deviendra notre moteur principal de développement même si elle est bien engagée avec de jeunes entrepreneurs qui prennent brillamment la relève du « Québec inc. », comme Migüel Caron. Il est impressionnant, comme nous l’explique Michel Nadeau, de voir une telle réussite dans un domaine aussi compétitif. À suivre…

De plus en plus, leadership et vision doivent aller de pair. C’est particulièrement vrai dans le secteur de l’aéronautique, qui vit une période internationale de grands ajustements. Lorsqu’en 1988 le gouvernement Mulroney prit la décision difficile que l’entretien des F18 ne se ferait pas au Manitoba, comme cela devait se faire à l’origine, mais au Québec, et que l’Agence spatiale canadienne serait située à Montréal, la métropole québécoise devint ainsi le centre canadien de l’aéronautique, raison d’être de notre grappe aéronautique. Comment Montréal se positionne-t-elle aujourd’hui par rapport à Toulouse ou Seattle, les deux autres villes phares de ce secteur industriel ? Secteur qui n’est pas le seul à affronter une zone de turbulences et qui voit de plus en plus de grands oiseaux lui tourner au-dessus de la tête.

Très pertinemment, Yvan Allaire nous parle de ce qu’il appelle les nouveaux vautours, les investissements à risque (hedge funds) qui sentent la chair fraîche autour de certaines entreprises blessées ou simplement en processus d’acquisition ou de fusion. Les « hedge funds » deviennent de plus en plus de véritables dangers pour la santé économique d’un pays. Dans le contexte d’incertitude dans lequel nous vivons présentement, la menace est d’autant plus inquiétante, surtout si on la relie aux moments difficiles que vit le commerce international avec la panne des discussions de conclusion de la Ronde de Doha, comme nous l’explique fort bien Bernard Landry. Il faut se préparer à des ajustements économiques importants, nous dit Kimon Valaskakis. Il faut cependant garder le cap sur la confiance. Ce sont les consommateurs québécois qui sont actuellement le meilleur soutien à notre économie. D’autant plus que tout indique maintenant que nos voisins et principaux clients américains, feront un atterrissage économique en douceur, ce qui nous permettra d’avoir un peu plus de temps pour achever nos réformes et aussi, pourquoi pas, ajuster nos écouteurs pour entendre un orchestre symphonique dirigé par un jeune chef au talent remarquable, Jean-Philippe Tremblay, comme le souligne Christophe Huss. Ce qui nous enchante et nous donne confiance dans une jeune génération de Québécois talentueux, bien formée et aussi très déterminée. « Just watch them! »

Bonne lecture !

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