Québec
Canada
International

Domaine du Ridge à Saint-Armand - Vingt sur vins dans les Cantons

« Dans 20 ans, j’aimerais que cette région devienne l’équivalent de celle du Niagara. » En 1996, Denis Paradis, propriétaire d’une ferme dans les Cantons-de-l’Est, entreprend avec quelques amis d’y planter des vignes pour tester la possibilité de produire du vin. À l’aube de ces deux décennies qui transformeront une curiosité en succès vinicole, Forces a rencontré Denis Paradis et sa fille Marie-Florence.

« Dans 20 ans, j’aimerais que cette région devienne l’équivalent de celle du Niagara. » En 1996, Denis Paradis, propriétaire d’une ferme dans les Cantons-de-l’Est, entreprend avec quelques amis d’y planter des vignes pour tester la possibilité de produire du vin. À l’aube de ces deux décennies qui transformeront une curiosité en succès vinicole, Forces a rencontré Denis Paradis et sa fille Marie-Florence.

Depuis Montréal, on atteint le Domaine du Ridge via l’autoroute 35, qui traverse notamment Saint-Jean-sur-Richelieu. On se retrouve alors à Saint-Armand, village campé à quelques minutes du Vermont dans la circonscrip-tion fédérale de Brome-Missisquoi, fief libéral du gentleman-viticulteur, le député Denis Paradis. Sur la route me-nant au chemin Ridge, quelques vallons marquent un décor automnal baigné de lumière. On franchit les derniers kilomètres dans un tunnel d’abondant feuillage, gracieuseté d’une double allée d’arbres encadrant un tableau digne de la France champêtre.

C’est la fin septembre, le matin est tonifiant, et les vendanges battent leur plein. Denis Paradis, bouille d’éternel garçon dégageant une confiance constante, nous reçoit en compagnie de sa fille Marie-Florence. Son prénom est devenu marque de commerce ; le Champs de Florence est même le rosé québécois le plus vendu à la SAQ. Alors que d’aucuns associent la viticulture québécoise à des vins plutôt sucrés, ce rosé vedette, dont la production dépasse les 25 000 bouteilles, illustre la volonté de l’équipe du Domaine du Ridge de proposer une variété de produits plutôt secs.

On trouve la collection complète du Domaine du Ridge sur les tablettes de l’espace-boutique qui exhibe encore certaines charpentes d’origine, vestiges de l’ancienne ferme. La façade du bâtiment a d’ailleurs inspiré le logo qu’arborent la majorité des bouteilles sur leurs étiquettes. Une collection de rouges et de blancs tels le Vent d’Ouest, le Clos du Maréchal ou encore le Bâtonnier avoisine quelques spécialités, dont le Fado (porto d’ici aux teintes de prunes et de noix, dans une superbe bouteille importée d’Italie), la Bise d’Automne (valeur sûre, double médaille d’or de l’édition 2015 du All Canadian Wine Championships), et un nouveau-né, le Berthelot-Paradis, rosé mous-seux vinifié suivant la méthode champenoise.

Denis Paradis attribue le succès du vignoble d’une part à la maturation des vignes avec le temps, qui améliore la qualité du raisin et, donc, du produit, et, d’autre part, à l’intérêt croissant des Québécois pour l’achat local. « Les gens ont soif de produits locaux ! » lance Denis Paradis, convaincu que les préjugés négatifs parfois associés aux vins d’ici, tout comme un certain snobisme qui jadis semblait de bon aloi, reposent désormais au cimetière des cli-chés.

Pour atteindre ce degré de qualité, l’entrepreneur s’en est rapidement remis à l’expertise de Jean Berthelot, diplô-mé d’œnologie de l’université de Bordeaux, fort d’une solide expérience de la vinification en France et qui a no-tamment occupé le poste d’œnologue à la gestion de la qualité à la SAQ. « Au Domaine du Ridge, nous avons fait le choix de cépages hybrides productifs, résistants au froid et aux maladies. » C’est grâce à cet assemblage de diffé-rents cépages et à un contrôle rigoureux que le tandem parvient, en quelques années, à élaborer des vins portant la signature du Domaine et possédant des arômes propres au terroir de Saint-Armand.

Nous voici sur l’une des terrasses extérieures aménagées pour accueillir les 20 000 visiteurs qui, chaque année, dé-couvrent ou retrouvent l’endroit, essentiellement du printemps à la mi-octobre. Autour, 18 hectares abritent 85 000 ceps – et bientôt 25 000 supplémentaires –, qui auront cette année produit un total de 120 000 bouteilles. Merci, Dame Nature : plusieurs prédisent un millésime 2015 exceptionnel quant à la qualité et à la quantité des vins issus de ce territoire vinicole.

Exploration des lieux. On remarque quelques bâtiments préservés, d’autres réaménagés, judicieusement intégrés à cet environnement aussi rural que bucolique. Souhaitons que la subtile tentation du modernisme n’ait pas trop d’emprise sur ces lieux ! Denis Paradis nous parle de l’agrandissement prochain du vaste chai destiné à la fabrica-tion et à l’entreposage.

« Mon père a toujours des projets ! » confie Marie-Florence sur un ton de fierté, mais consciente de ce qu’implique pareil désir d’entreprendre. La relève ? La jeunesse semble ici côtoyer l’expérience. Denis Paradis a franchi le cap de la mi-soixantaine et l’œnologue Jean Berthelot, celui des huit décennies. Ce dernier transmet ses connaissances à une collègue œnologue, l’Alsacienne Marie-Mélanie Krauth. Au moment de notre rencontre, cette jeune femme de 29 ans besognait douze heures par jour, sept jours par semaine. Le transfert de connaissances est en marche.

Quant à Marie-Florence, 26 ans, la voici de retour au bercail après quelques années à Montréal. Son collègue Christophe Limoge, directeur des ventes, est dans la trentaine. La jeune vigneronne veille aux communications et au marketing, notamment pour rejoindre et sensibiliser la nouvelle génération sur les réseaux sociaux ou en mettant sur pied des forfaits, comme celui qui permet aux visiteurs de s’improviser vignerons d’un jour. Son père raconte : « Au début, je pensais arrêter à 50 000 plants, puis à 100 000 plants… » « Mais il n’arrêtera jamais ! » rétorque sa fille en riant.

Alors, quel avenir pour le Domaine ? « On va continuer à progresser. Les 25 vignobles de la région de Brome-Missisquoi produisent 65 % des vins du Québec. Regardez aujourd’hui la région du Niagara : c’est ce que vous ver-rez ici dans 20 ans », croit Denis Paradis, dont le côté entrepreneur est toujours pleinement actif. En 2016, dans le village voisin de Stanbridge East, il ouvrira un comptoir de vente et de fabrication de produits fins issus du terroir régional, le tout couplé à une offre de bistro et d’hébergement visant notamment les amateurs de vélo, de kayak et, comme de raison, de découvertes vinicoles. Non dépourvu de ressemblance avec le Stonewall Kitchen de York (dans le Maine), ce nouveau projet verra le jour sur les rives de la rivière aux Brochets, dans un bâtiment de brique de plus de 160 ans, en cours de réfection.

Et quel avenir pour le vin au Québec ? « C’est anormal que les produits québécois ne soient pas encore en épicerie, croit Denis Paradis. Pour nous, ça ne change pas grand-chose, mais pour le petit producteur de la Beauce, par exemple, le fait qu’il puisse vendre dans sa région peut faire une bonne différence. Si on pouvait vendre directement à l’épicier de son village ou de sa ville, sans devoir nécessairement passer par les sièges sociaux, on verrait beaucoup plus de vignes au Québec. Et ça créerait des emplois ! », poursuit-il, entre vin et politique.

D’une campagne à l’autre

Trois passions professionnelles habitent Denis Paradis : le droit, la politique et la viticulture. « C’est parfois difficile de concilier tout ça », admet celui qui considère l’innovation, la créativité et la vision de l’avenir comme le tronc commun unifiant ces trois branches d’expertise. Ce que la politique et le droit ont apporté au vigneron ? « La patience ! » En cette matinée de fin septembre, à quelques semaines du vote fédéral, certaines de ces passions se croisent. Dans le chai où est produit et embouteillé le fruit d’une récolte quali-fiée d’exceptionnelle, des affiches électorales grand format de Denis Paradis et de Justin Trudeau sont empilées. « Faudrait aller les poser », dit-il à sa fille Marie-Florence, fidèle aide de camp électorale. En sillonnant ce magnifique coin des Cantons-de-l’Est, notam-ment à Bedford, le visage souriant de Denis Paradis semblait pourtant déjà orner chaque poteau.

De 1995 à 2006, Denis Paradis a été député, sous la bannière libérale, de la circonscription Brome-Missisquoi, et a également assu-mé, notamment, les fonctions de ministre d’État aux Institutions financières et de ministre de la Francophonie. À nouveau député de la région depuis le 19 octobre, ce mordu de politique, frère du ministre provincial Pierre Paradis, s’est représenté en 2015 malgré trois défaites successives en 2006, 2008 et 2011, la circonscription étant vaste et le vote varié. Ayant pratiqué le droit à Bedford, ce diplômé de l’Université d’Ottawa et ex-bâtonnier du Québec est aujourd’hui avocat-conseil chez Dunton Rainville.

Une visite au Domaine

Le domaine du Ridge et situé à Saint-Armand, à 90 minutes de Montréal, dans les Cantons-de-l’Est. On emprunte l’autoroute 10, puis la route 35, on traverse Bedford, et nous y voilà. La boutique est ouverte tous les jours, du printemps à la mi-octobre, puis tous les week-ends en hiver. Différentes activités sont offertes, dont un forfait épicurien (prix régulier 25 $ pour trois heures) avec présenta-tion et dégustation de produits, y compris ceux du terroir environnant. Des visites guidées personnalisées sont également possibles sur demande et sur réservation.

On peut évidemment s’y rendre uniquement pour le plaisir des yeux, flâner, prendre un verre en terrasse et visiter la boutique. La commande par Internet et les cadeaux d’entreprise, notamment des paniers de produits, des forfaits ou encore des boîtes-cadeaux, sont également proposés. Par ailleurs, l’équipe du Domaine du Ridge sera également à la Fête des vins du Québec, vitrine des produc-teurs vinicoles du cru et occasion de découvertes pour curieux et amateurs, les 27, 28 et 29 novembre prochain, au Marché Bonse-cours (Vieux-Montréal).

Le Domaine du Ridge
205, chemin Ridge, Saint-Armand
domaineduridge.com

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.