Québec

Moi, Mes Souliers

Depuis 26 ans, Ghislain Anctil est le cordonnier qui officie à la Place-Ville-Marie. Après autant d’années à chou-chouter les chaussures de ses clients, il n’est pas surprenant que le propriétaire du petit atelier Moneysworth & Best ait autant d’histoires à raconter...

Depuis 26 ans, Ghislain Anctil est le cordonnier qui officie à la Place-Ville-Marie. Après autant d’années à chou-chouter les chaussures de ses clients, il n’est pas surprenant que le propriétaire du petit atelier Moneysworth & Best ait autant d’histoires à raconter...

En cette ère où, dès qu’un objet se casse, on tend à s’en procurer un nouveau, aller porter ses chaussures chez le cordonnier éveille quelque chose du « village d’antan » : la nostalgie pour une époque où le rythme de vie était plus lent, où l’on prenait le temps de parler au marchand, qui connaissait notre nom. Au sous-sol du gratte-ciel cruci-forme, qui, au début des années 1960, marqua l’entrée du Québec dans la modernité, il est réconfortant de pouvoir renouer en quelques minutes avec ce passé chaleureux. Derrière son comptoir, ceint du traditionnel tablier du cor-donnier et lunettes au bout du nez, Ghislain Anctil reçoit chaque client avec un sourire radieux et une bonne humeur contagieuse. On a l’impression qu’il est allé dîner chez chacun de ses clients tant il semble les connaître intimement. Dans sa petite entreprise familiale, son fils Pierre-Marc travaille avec lui à temps plein. Sa fille Audrey vient lui don-ner un coup de main durant la haute saison, entre l’Action de grâce et le temps des Fêtes. « Elle est très, très gentille de venir m’aider », dit-il, la regardant avec tendresse.

Davis, d’origine péruvienne, est arrivé dans la vie de Ghislain Anctil à l’âge de 18 ans. Après 14 ans à s’activer à ses côtés, l’assistant-cordonnier est considéré « comme un fils ». C’est Davis qui s’occupe de cirer les chaussures des clients qui vont s’asseoir sur l’une des deux chaises surélevées, devant la boutique. « Lorsque j’ai emménagé dans ce local, relate Ghislain Anctil, la Place-Ville-Marie ne voulait plus que l’on fasse du cirage de chaussures, car ce n’était pas “élégant”, disait-on. » Une lettre adressée aux autorités par un de ses bons clients a aussitôt remédié à la situation. « Il se dit beaucoup de choses, sur ces chaises, confie le cordonnier. Nous ne répétons rien, mais nous en-tendons. » En cinq minutes, le temps de redonner un éclat aux chaussures, des dialogues importants naissent sou-vent entre les deux clients qui partagent la petite plateforme. D’anciens premiers ministres y prennent place, no-tamment Brian Mulroney, un « très grand monsieur, physiquement imposant, qui a une prestance. Il est tellement gentil, dès qu’il s’assoit, une quinzaine de personnes peuvent se regrouper autour pour lui parler ». Les frères John-son, Daniel et Pierre-Marc, sont aussi parmi les clients réguliers. Le fils de Ghislain Anctil se demande même si son prénom lui vient du fait que ce dernier était premier ministre lors de sa naissance.

Il serait impossible, ici, de relayer l’ensemble des anecdotes colorées partagées par cet heureux cordonnier, excel-lent raconteur d’histoires. Le mieux, c’est d’aller les entendre par soi-même, en lui rendant visite. Il est toujours au poste, tous les jours, à partir de 7 heures.

Moneysworth & Best
1, Place-Ville-Marie
Montréal
514 398-9057

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